Construire sa maison soi-même ou à plusieurs : trois livres inspirants pour créer son cocon
Maisons en A ou en matériaux compostables. - Montage Reporterre
Maisons en A ou en matériaux compostables. - Montage Reporterre
Durée de lecture : 5 minutes
Construire sa maison pour 40 000 euros, aménager un local associatif au sein d’une friche ou adapter son habitat aux sécheresses et incendies : trois livres qui expérimentent d’autres manières de construire et d’habiter.
Les exemples sont de plus en plus nombreux ces dernières années et Reporterre s’en fait régulièrement l’écho. Maisons en paille, en bois ou mobiles, chantiers participatifs, habitats partagés : partout des personnes cherchent à construire et habiter autrement.
Pour gagner en autonomie et en résilience face à l’urgence climatique, réduire les coûts, sortir des logiques capitalistes du marché immobilier, mutualiser les ressources et les savoir-faire, ou simplement pour expérimenter d’autres manières de vivre… voir fleurir ces initiatives très concrètes est réjouissant. Reporterre a sélectionné trois œuvres qui racontent, chacune à leur manière, ces expériences.
• Construire sa propre maison
Vous êtes fauché ? Vous êtes novice dans l’univers de la construction ? L’idée de construire votre propre maison vous paraît complètement folle ? L’histoire d’Élizabeth Faure pourrait vous faire changer d’avis.
En 2013 à l’âge de 65 ans, elle a construit toute seule sa maison en A, une habitation en bois en forme de triangle, pour 40 000 euros en Dordogne. L’édifice de 180 m2 sur deux étages est posé sur des piliers et a peu d’emprise au sol. Elle a choisit cette forme en triangle car, explique-t-elle, c’est la plus solide et la plus simple, donc la moins chère, à construire soi-même. Après le documentaire consacré à cette aventure sorti en 2018, l’histoire d’Élizabeth Faure est racontée cette fois en bande dessinée.
Sous les aquarelles de la dessinatrice Ambre Chatelain, celle qui se décrit comme une « vieille hippie » détaille, étape après étape, la construction de sa maison du creusement des fondations à l’assemblage des triangles en passant par la pose de la couverture. Les dessins permettent de comprendre facilement chaque phase du chantier sans jamais donner l’impression de feuilleter un manuel de bricolage.
La bande dessinée est loin d’être seulement un guide pratique. Elle raconte comment Elizabeth, avec ses vidéos, a transmis sa méthode à des centaines de personnes, dont certaines se sont lancées à leur tour dans la construction de leur maison en A.
Résolument féministe, la bâtisseuse s’en prend avec humour aux « Bernard », ces hommes qui pensent tout savoir sur les chantiers et ne manquent pas de prodiguer des conseils non sollicités. Face à la présomption d’incompétence qui met en doute les capacités des femmes dès qu’il s’agit de construction, elle entend avec cette BD montrer qu’elles aussi peuvent tout à fait manier des outils, comprendre comment une structure tient debout et pourquoi pas, construire un jour leur propre maison.
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La Maison en A d’Elizabeth en BD, d’Elisabeth Faure et Ambre Chamberlain, aux éditions Yves Michel, avril 2026, 124 p., 24 euros. |
• Réaménager et habiter à plusieurs
Plutôt que de mener un tel projet seul, vous préférez plutôt vous lancer dans un chantier d’autoconstruction collectif et créer des communs ? Ariane Cohin, Aline Laporterie et Perrine Philippe livrent de nombreux outils dans Pour une architecture des communs, autoconstruction et espaces collectifs.
Face à l’urbanisation qui ne cesse de détruire des espaces naturels et dans une société où chacun tend à se replier sur soi, les autrices proposent une autre manière d’habiter et de penser le territoire en misant sur les communs.
L’idée : favoriser la construction collective et conviviale d’espaces de subsistance, de sociabilité ou de création, avec celles et ceux qui vont les utiliser. Car pour transformer nos pratiques au quotidien, il faut aussi transformer les espaces dans lesquels elles prennent place et la manière dont ils sont conçus.
Le livre ne se résume pas toutefois à des concepts théoriques, il s’appuie sur des expériences concrètes. Comme la construction d’un local pour l’installation d’une association de récolte urbaine dans une friche à Montreuil (Seine-Saint-Denis), l’aménagement d’un ancien squat en centre social et culturel auto-géré à Dijon (Côte-d’Or), ou encore un autre espace culturel et social en Corrèze pour mutualiser les titres de propriété.
À travers ces expériences, les autrices expliquent concrètement comment élaborer l’organisation du collectif, répartir les tâches de chacun pour le chantier de construction, les matériaux à privilégier, négocier avec les municipalités, composer avec le droit existant pour faire aboutir le projet ou réussir à pérenniser ces communs. C’est un précieux guide pour celles et celles qui voudraient se lancer.
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Pour une architecture des communs, autoconstruction et espaces collectifs, de Ariane Cohin, Aline Laporterie et Perrine Philippe, aux éditions Eteropia, octobre 2023, 224 p., 22 euros. |
• Habiter dans un monde qui brûle
L’histoire commence ici par la perte d’une maison. Celle de Marc Hatzfeld a brûlé dans le gigantesque incendie qui a ravagé 12 000 hectares dans les Corbières en août 2025. Malgré le débroussaillage préventif régulier, toute la bâtisse est partie en fumée.
Plutôt que de s’attarder sur sa disparition, il a choisit de lui rendre hommage en racontant comment depuis 35 ans il avait reconstruit cette bergerie en ruines, avec l’aide d’artisans et de voisins devenus des amis. Et surtout, comment l’auteur l’avait adapté à ce territoire particulièrement touché par les incendies, sécheresses et inondations exacerbés par lé dérèglement climatique.
Gestion de l’eau et de l’électricité dans un milieu isolé, choix des matériaux, cohabitation avec les sangliers, renards et toute la faune et flore qui partage le territoire, recherche d’autonomie et de sobriété… le sociologue raconte les multiples apprentissages qui lui ont permis d’habiter ce lieu, ainsi que les liens avec les autres habitants — qui ont rendu possible cette longue reconstruction.
On regrette toutefois ce décalage entre l’appel de l’auteur à plus de sobriété et d’autonomie au quotidien et son propre mode de vie. Marc Hatzfeld ne vivait pas en permanence dans cette maison, il partageait son temps entre Corbières et d’autres horizons, notamment en Inde.
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Habiter la garrigue, lettre à une maison emportée par les flammes, de Marc Hatzfeld, aux éditions éditions de l’Aube, juin 2026, 224 p., 18 euros. |