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Reportage — Luttes

« On détruit la campagne, on détruit l’école » : des paysans rejoignent la lutte des lycéens

Des paysans présents le 6 octobre 2026 à Bordeaux en soutien au mouvement lycéen.

Dans plusieurs villes de France, des paysans ont rejoint les lycéens le 6 octobre au matin et défilent avec eux. « La convergence des luttes existe », se réjouissent les jeunes.

Avranches (Manche) et Bordeaux (Gironde), reportage

« Nous, on se mobilise pour les services publics, pour notre futur. De voir la Confédération paysanne, pour nous, c’est important. Ça veut dire que la convergence des luttes existe », s’est réjoui auprès de Reporterre un élève bordelais, le 6 octobre. Dans cette ville touchée par les fumées du mégafeu et les canicules cet été, une manifestation dans le centre-ville et une assemblée générale des lycéens ont réuni jeunes, syndicats mais aussi une dizaine de paysans. Lundi 5 octobre, la Confédération paysanne a en effet lancé un appel national à « rejoindre les blocages des lycéennes en tracteur ce mardi 6 octobre » et à « faire converger nos colères ».

« Le gouvernement fait une offensive contre les services publics et le vivant en général, dit Endika Esteban, porte-parole de la Confédération paysanne de Gironde. On veut des services publics et une alimentation de qualité. »

À Bordeaux, quelques-uns d’entre eux ont d’ailleurs fait le tour des collègues pour récupérer des vivres avant de sauter dans une voiture pour le centre-ville, où il était trop compliqué d’amener leurs tracteurs. Le syndicat avait installé un buffet de fortune à proximité du lycée Montesquieu pour proposer aux lycéens un petit-déjeuner à base de produits paysans. Ils étaient ensuite une dizaine à défiler, avec eux, dans la matinée. Un renfort apprécié, alors qu’un bilan du 1er octobre indiquait que 4 lycéens ont été blessés et 29 personnes interpelées en Gironde.

Pain au levain, confiture et jus de fruits : voici le petit-déjeuner de producteurs offert par trois membres de la Confédération paysanne le 6 octobre 2026 aux élèves du lycée Gustave Eiffel à Bordeaux. © Timothée Buisson / Reporterre

Selon un bilan du gouvernement arrêté le 5 octobre au soir, 215 lycéens ont été blessés en France depuis le début du mouvement, dont plusieurs très grièvement. Un élève de seconde de 15 ans a eu une main arrachée par l’explosion d’une grenade à Lens, un autre a eu la mâchoire doublement fracturée et les dents cassées à Saint-Ouen-l’Aumône et un autre a perdu un œil à Tours.

Le petit-déjeuner offert par des membres de la Confédération paysanne. © Timothée Buisson / Reporterre

Des paysans présents en Ardèche, Dordogne, Côte-d’Or...

Alors qu’une trentaine de rassemblements et de manif­estations lycéennes sont prévus dans toute la France pour cet « acte III », au moins dix sections départementales de la Confédération paysanne avaient annoncé leur participation en Ardèche, en Dordogne, dans le Maine-et-Loire, en Côte-d’Or et dans l’Yonne. À Millau, dans la matinée du 6 octobre, des représentants du syndicat paysan étaient déjà devant le lycée Jean-Vigo, aux côtés des lycéens et de la CGT.

« On détruit la campagne, on détruit l’école, on détruit la santé, la jeunesse, la justice… Il ne reste plus grand-chose à démolir. Il n’y a que la police qui n’est pas démolie, parce que nos pouvoirs en ont besoin. » Au volant de son tracteur, Adrien Lechartier, éleveur laitier bio de Saint-Senier-sous-Avranches (Manche) et l’un des responsables de la Confédération paysanne de la Manche, manœuvre devant le lycée Littré d’Avranches sous les applaudissements des lycéens. Ce mardi 6 octobre, ils sont plus d’une centaine réunis devant les grilles de l’établissement couvertes de pancartes.

Lire aussi : « Nous sommes là par nécessité » : des milliers de personnes bloquent une usine de pesticides

« L’appel national a été lancé pour soutenir les lycéens après les débordements de la semaine dernière, explique l’agriculteur à Reporterre. Samedi [3 octobre à la manifestation contre les pesticides à Syngenta], dans l’Eure, on a eu droit à une belle envolée de lacrymogènes sans sommation. On est sur des actes policiers qui commencent à être... étonnants. »

La Confédération paysanne présente à Bordeaux. © Timothée Buisson / Reporterre

« On se mobilise pour notre futur »

À Avranches, ville de 10 000 habitants dans la Manche, chez les lycéens et les paysans, c’est la même colère et la même inquiétude qui s’expriment face à dix années de politique macroniste de destruction des services publics et face à un changement climatique qui s’emballe. Même si, devant les lycéens, on entend évidemment surtout des récriminations contre les classes surchargées, Parcoursup, les absences non remplacées et le délabrement des locaux.

« L’écologie est peut-être en second plan par rapport à nos revendications, mais c’est tout aussi important. Nous, les jeunes, on va devoir faire face aux problèmes d’aujourd’hui et à ceux de demain, qui seront notamment liés aux changements climatiques, explique Théo, 16 ans, élève de terminale. Et le changement climatique va lui-même apporter d’autres problèmes, comme des conflits internationaux pour l’eau. »

« On a passé un été catastrophique »

Déjà, les canicules de cet été ont fortement éprouvé les lycéens. « On a passé un été catastrophique. Donc oui, ça fait partie de mes préoccupations, dit une élève de terminale, Élyzéa, 17 ans, qui habite dans un petit village rural à une quinzaine de kilomètres d’Avranches. Ça fait peur. On sait pas si on survivra ou si c’est bientôt la fin de l’Homme. »

« Les canicules reviennent. Avant, on disait une tous les dix ans. Maintenant, c’est une tous les trois ans. Peut-être que ça va devenir la norme. Mais on ne peut pas vivre dans cette norme ! On ne peut pas faire fonctionner ses neurones et apprendre à 42 °C dans une classe », s’alarme François Dufour. Cette figure historique de la gauche paysanne et de la Confédération paysanne est venue en soutien en tant qu’ancien élu mais aussi en tant que « papi ». « Il faut vraiment, vraiment engager des travaux. Parce qu’à un moment donné, est-ce qu’on est encore capables d’avoir du vivre-ensemble si le climat ne nous permet plus de vivre normalement ? »


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