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Climat

Canicules, montées des eaux... Les scientifiques savent désormais nommer les responsables

Lors d'une action menée par des militants de Greenpeace en mai 2024 dans le quartier de la Défense à Courbevoie (Hauts-de-Seine).

Les principales entreprises d’industries fossiles sont responsables de la moitié de l’intensification des vagues de chaleur, et de milliers de milliards de dollars de pertes liées aux catastrophes climatiques, estime un rapport.

Plus la science climatique avance, plus elle permet de nommer précisément les responsables de l’atrocité climatique en cours et des catastrophes humaines qu’elle occasionne.

Ainsi, les 180 principales entreprises des industries fossiles et cimentières dans le monde, regroupées sous l’appellation « carbon majors », sont à elles seules responsables de 24 à 37 % de la montée des eaux qui a déjà eu lieu. Et leurs émissions de carbone sont responsables de la moitié de l’intensification des vagues de chaleur depuis l’ère préindustrielle.

C’est l’une des conclusions du rapport « 10 new insights in climate science 2026-2027 » (« 10 nouvelles avancées des sciences climatiques 2026-2027 »), publié le 6 octobre. Cette synthèse annuelle a pour objectif de mettre en lumière les dernières avancées scientifiques sur le climat, à partir des recherches publiées sur les dix-huit derniers mois.

Rédigée par plus de 70 scientifiques issus de près de 30 pays, elle est le fruit d’une collaboration entre le réseau de recherche Future Earth, le Programme mondial de recherches sur le climat et la Earth League, qui regroupe des institutions de pointe de climatologie.

Modéliser un monde sans pétrolier

Parmi les dix avancées mises en avant dans ce rapport figurent des connaissances affinées dont les grandes lignes étaient déjà tristement connues : l’océan continue d’accumuler des quantités record de chaleur, la montée du niveau de la mer s’accélère, la sécheresse des continents ne cesse de s’aggraver, etc.

Les solutions préconisées de longue date par la science pour éviter le pire sont également rabâchées par le rapport : réduire à une vitesse fulgurante nos émissions de gaz à effet de serre et changer d’agriculture, surtout en consommant moins de viande et produits carnés.

Les 180 principales entreprises des industries fossiles et cimentières dans le monde, regroupées sous l’appellation «  carbon majors  », sont à elles seules responsables de 24 à 37 % de la montée des eaux qui a déjà eu lieu. © Future Earth

L’un des dix points de cette synthèse est particulièrement instructif : celui faisant état des progrès de la « science de l’attribution ». Cette discipline, qui tente de déterminer la responsabilité de nos émissions de carbone dans les événements extrêmes qui surgissent, a fait des progrès considérables depuis son émergence dans les années 1990, note le rapport.

Le « Graal » de cette discipline, écrivent les auteurs, c’est de réussir à déterminer la chaîne de responsabilité d’un bout à l’autre. C’est-à-dire comptabiliser les émissions d’un acteur en particulier, et de déterminer sa part de responsabilité dans les catastrophes et conséquences socio-économiques en bout de chaîne.

Pour cela, les études d’attribution comparent « deux versions du monde » : le monde réel tel qu’il est observé dans ses évolutions, et un monde modélisé dans lequel les émissions de carbone d’acteurs spécifiques sont enlevées.

Des milliers de milliards de dollars de pertes

Résultat : chacune des entreprises des « carbon majors » émet assez de carbone pour permettre des vagues de chaleur qui n’auraient pas été possibles sans changement climatique, dit le rapport. Autre chiffre éloquent, les pertes économiques qui auraient été évitées si les mastodontes des énergies fossiles n’avaient jamais existé sont estimées à plusieurs milliers de milliards de dollars.

Dans le détail, les cinq plus grandes entreprises d’énergies fossiles émettrices de carbone dans le monde, Saudi Aramco, Gazprom, Chevron, ExxonMobil et BP, sont chacune responsables d’environ 2 000 milliards de dollars de pertes économiques. BP est un peu à la traîne, ayant coûté au monde environ 1 450 milliards de dollars.

Attribution de la part de réchauffement climatique directement dû aux cinq plus grosses industries fossiles émettrices de carbone, selon le rapport. La zone grisée derrière chaque courbe donne la marge d’incertitude des estimations. Rapport « 10 new insights in climate science 2026-2027 »

Autre ordre de grandeur mis en avant : en prenant en compte la consommation et les investissements des 10 % de personnes les plus riches dans le monde, celles-ci ont rendu les vagues de chaleur sept fois plus probables que ne le font les personnes moyennes. Une responsabilité qui apparaît pleinement en prenant en compte les investissements financiers réalisés par les individus, et non seulement leurs habitudes de consommation, soulignent les auteurs.

Un dernier enseignement important concerne la temporalité longue de la responsabilité de ces acteurs. Concernant les seuls gaz à effet de serre passés — ceux que ces entreprises ont déjà émis —, les conséquences futures seront bien plus importantes que les conséquences qui sont déjà survenues.

Cela s’explique facilement par la persistance pendant des siècles de l’effet de serre généré par le CO2 libéré dans l’atmosphère. Par exemple, pour du CO2 émis en 1990, environ 90 % des dégâts économiques que cela occasionnera sont encore à venir, précise le rapport.

« Cela leur permet de se dédouaner individuellement de leurs responsabilités »

La science de l’attribution a, bien sûr, encore des progrès à faire. Si les vagues de chaleur et la montée des eaux sont relativement bien attribuables, d’autres phénomènes comme les inondations, les sécheresses ou les cyclones sont plus compliqués à suivre et restent sous-évalués. La recherche souffre aussi de biais Nord/Sud, avec des analyses qui se concentrent majoritairement dans les pays à hauts revenus et des données trop peu nombreuses pour les pays à bas ou à moyens revenus, note le rapport.

« Les ordres de grandeur donnés par ce rapport me semblent corrects », commente Davide Faranda, directeur de recherche CNRS au laboratoire des sciences du climat et de l’environnement de l’université Paris-Saclay et qui a participé à développer le projet européen d’attribution climatique Climameter.

Lire aussi : Canicules et incendies : les principaux pyromanes sont identifiés mais restent impunis

« Une des limites est aussi que ces entreprises fossiles sont considérées toutes ensemble, pour leurs émissions collectives. Si l’on prend en compte les émissions d’une seule d’entre elles, en imaginant qu’aucune autre émission fossile n’existe, ce ne sera pas suffisant pour générer des vagues de chaleur. Cela leur permet de se dédouaner individuellement de leurs responsabilités », regrette le chercheur.

Une impasse juridique actuelle qui n’empêche pas la créativité ni la politisation des catastrophes. Comme la suggestion de baptiser « canicule Pouyanné » ou « incendie Pouyanné » l’une des catastrophes climatiques qui ont touché la France cet été, en hommage au PDG de TotalEnergies.

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