« Nous n’acceptons plus de réparer les dégâts causés par les politiques » : des soignants rejoignent la lutte contre les pesticides
Une manifestante portant une pancarte de l'appel à mobilisation du 3 octobre, le 26 septembre 2026 à Perpignan. - © Jc Milhet / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Une manifestante portant une pancarte de l'appel à mobilisation du 3 octobre, le 26 septembre 2026 à Perpignan. - © Jc Milhet / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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Scientifiques et soignantes opposées aux pesticides appellent, dans cette tribune, à se mobiliser contre Syngenta le 3 octobre et au-delà, pour « agir, de façon radicale et directe, sur les causes des maladies ».
Nous, soignant⋅es, scientifiques, sommes témoins d’un paradoxe : malgré l’abondance des travaux scientifiques reliant exposition chimique et santé, malgré les alertes de l’Inserm et du Conseil national de l’Ordre des médecins, les politiques publiques se succèdent sans prendre en compte ce lien déterminant. Pire, elles vont à rebours : la loi d’urgence agricole, et la réautorisation de l’acétamipride, le montre.
Et pourtant, les études de biosurveillance nationales ne manquent pas d’être explicites : chacun est exposé, dès la période fœtale, à des substances toxiques (PFAS, pesticides, cadmium, perturbateurs endocriniens…), et ces expositions contribuent au développement de nombreuses maladies chroniques, dont certains cancers. Ces maladies seraient donc en partie évitables ; ce sont des « maladies politiques ».
Nous n’acceptons plus d’être celles et ceux qui tentent de réparer les dégâts causés par les politiques, dans un contexte d’accès aux soins toujours plus dégradé et inégalitaire. Nous pensons qu’il faut sortir de nos lieux d’exercice, et agir, de façon radicale et directe, sur les causes des maladies.
Exiger la fin du permis de tuer que se sont arrogé certains industriels
Lutter contre le cancer, ce n’est pas seulement encourager le dépistage et conseiller les patientes. C’est aussi faire de l’accès à une alimentation saine un droit pour tous et toutes, et mettre fin à la pollution généralisée qu’induit le modèle agricole dominant.
C’est pourquoi, ce 3 octobre, nous rejoindrons, aux côtés des travailleurses du monde agricole et des victimes des pesticides, une mobilisation internationale contre Syngenta, l’un des leaders mondiaux des pesticides, qui incarne parfaitement ces sociétés qui n’ont aucun compte à rendre à la santé publique et vont à l’encontre du consensus scientifique.
Nous formerons un corps solidaire de soignantes et de soignées afin de construire un nouveau rapport de forces directement là où se produit le risque. En tant que soignantes et scientifiques, nous avons une place légitime et un rôle à jouer : agir en amont des maladies que nous nous efforçons ensuite de soigner et exiger la fin de ce permis de tuer que se sont arrogé une poignée d’industriels.
Mais sortir de nos lieux d’exercice n’est pas notre seul levier. Dans nos pratiques quotidiennes aussi, nous pouvons rendre visible ce que ce système produit sur les corps.
Mieux connaître l’origine professionnelle des maladies
Les travailleurses qui produisent ou utilisent des pesticides y sont fortement exposés. Le Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides permet d’ailleurs d’indemniser ces victimes directes, mais aussi leurs enfants atteints de certaines pathologies liées à une exposition prénatale aux pesticides.
Pourtant, selon l’Institut national du cancer, les cancers d’origine professionnelle restent massivement sous-reconnus. Nous devons donc nous former pour mieux les identifier, et avoir ce réflexe d’interroger le lien entre activité professionnelle, expositions et maladie, particulièrement auprès des populations les plus exposées. Et ce, pour mettre en lumière ceci : l’agriculture telle qu’elle est modélisée aujourd’hui tue. Et l’État qui la soutient tue. Honorons notre engagement de soignantes en utilisant les outils à notre disposition pour le dénoncer.
La santé communautaire, un horizon politique pour faire corps avec les patientes
Face à la crise socioenvironnementale, défendre la santé suppose aussi de transformer notre manière de soigner : nous tenir aux côtés des populations, partir de leurs besoins et de leurs conditions réelles d’existence, reconnaître leurs savoirs et leur puissance d’agir.
Ce projet existe : c’est celui de la santé communautaire. Héritière notamment des luttes contre le VIH, elle invite les soignantes à sortir d’une posture de sachant pour construire, avec les patientes et sur les territoires, des communautés de soin et de solidarité où les savoirs circulent, où les personnes se réapproprient leur santé et où le soin redevient un outil d’émancipation.
En nous engageant aux côtés des populations exposées aux pesticides, des riveraines et des travailleurses agricoles, nous participons à cette bascule qu’il est urgent d’opérer pour faire émerger un système de santé respectueux de tout le vivant. Venez nombreuses et nombreux !